Le nucléaire connaîtrait-il un deuxième printemps?

Voilà la question clé à laquelle ont répondu les participants du séminaire de printemps de la Société suisse des ingénieurs nucléaires (SOSIN).


Stan Gordelier
, chef de la division Développement de l'énergie nucléaire à l'Agence de l'OCDE pour l'énergie nucléaire (AEN), a évoqué les trois principaux motifs du développement nécessaire de l'énergie nucléaire à travers le monde, à savoir l'accroissement constant des besoins énergétiques, la progression des prix des combustibles fossiles et, enfin, l'impératif de réduire les émissions de CO2 de manière substantielle dans tous les pays.

L'exposé de Horst Michael Prasser était consacré à la question de savoir si les réserves d'uranium suffiraient à couvrir la demande croissante de combustible. Ce professeur de l'EPFZ a présenté en détail les raisons de l'écart qui se creuse actuellement entre la production et la consommation d'uranium; il a expliqué pourquoi cela ne posait pas de problèmes et exposé la classification des diverses réserves d'uranium. Il a démontré de manière convaincante que suivant le prix de la matière première et les méthodes d'exploitation des mines, les gisements seraient suffisants pour plusieurs décennies et même pour plusieurs milliers d'années probablement. Et si le procédé déjà éprouvé d'extraction d'uranium de l'eau de mer devait devenir économiquement rentable, on pourrait qualifier les réserves de quasiment illimitées.

En tant que représentant du groupe nucléaire français Areva, François-Xavier Quenin a relevé les défis liés à la production des gros composants pour centrales nucléaires. C'est surtout pour les très grosses pièces forgées (cuves de réacteurs, générateurs de vapeur) qu'il pourrait y avoir des impasses dans la production au cas où les capacités nécessaires ne seraient pas mises en place. Mais le temps ne presse pas encore puisque les capacités existantes sont suffisantes jusqu'en 2020. De premiers investissements dans de nouvelles installations de production ont du reste déjà eu lieu. D'une manière générale, François-Xavier Quenin se montre confiant dans les capacités de l'industrie à faire face à une ascension même fulgurante de la demande.

Mais à défaut de spécialistes qualifiés, même la technologie de pointe ne servirait à rien. Rolf Curschellas, responsable des ressources humaines aux Forces motrices du Nord-est de la Suisse (NOK), a donc relevé ce qu'il restait à faire dans ce domaine. Faute d'action, la pénurie généralisée d'ingénieurs pourrait, en effet, également venir frapper la branche nucléaire. Il faut désormais maintenir, voire accroître l'attrait des emplois et améliorer encore l'image de la branche.

Eduard Kiener, ancien directeur de l'Office fédéral de l'énergie, s'est penché sur le facteur temps. Il a présenté le point de vue des autorités ainsi que le calendrier de réalisation de centrales nucléaires en Suisse. Dans un pays d'essence aussi démocratique que le nôtre, la longueur des procédures est un fait établi qu'il s'agit de prendre en considération. E. Kiener a souligné la nécessité de construire des centrales nucléaires en Suisse et a invité la branche à convenir d'une approche commune en la matière.

Pour clore le séminaire, Rolf Schmid, conseiller pour les questions de communication, a abordé l'aspect de l'acceptation du nucléaire. A l'aide de plusieurs sondages représentatifs, il a montré de quelle manière l'attitude face au nucléaire avait évolué ces dernières années en Suisse et à travers l'Europe. La situation semble évoluer partout dans la bonne direction, ce qui nous rend confiants. Mais quelques années auront passé et bien des choses pourront encore survenir avant qu'un scrutin populaire finisse par être éventuellement organisé sur la construction d'une nouvelle centrale nucléaire. Il reste de toute évidence pas mal à faire dans ce domaine également, avant que le nucléaire puisse, effectivement, connaître un deuxième printemps.

Les exposés peuvent être téléchargés sur le site de la SOSIN. Veuillez cliquer ici.