Sûre à toute épreuve

Mike Dost est à la tête des centrales nucléaires de Beznau. Il explique pourquoi Beznau-1 est sûre.

M. Dost, après trois ans d’arrêt, la tranche Beznau-1 est de nouveau connectée au réseau depuis quelques jours. Pour quelles raisons est-elle restée arrêtée aussi longtemps?
Au début de l’été 2015, des mesures par ultrasons générales effectuées sur la cuve de pression de la tranche Beznau-1 avaient mis en évidence des indications soumises à évaluation. Suite à cela, des contrôles et analyses étaient nécessaires afin de déterminer les causes et les conséquences de ces découvertes sur les propriétés du matériau. Pour pouvoir garantir une réalisation des travaux qui soit coordonnée et conforme aux bases techniques et scientifiques reconnues, nous avons établi une feuille de route pour la mise en œuvre du concept d’établissement du justificatif de sécurité. À partir de là, nous avons procédé à des examens approfondis durant près de trois ans.

Pourriez-vous nous décrire brièvement le contenu de ce justificatif?
Le justificatif de sécurité présente l’ensemble des résultats obtenus dans le cadre des examens réalisés par Axpo au cours des dernières années et destinés à démontrer la sécurité et l’intégrité de la cuve du réacteur. Ainsi, les examens ont permis à Axpo d’identifier l’origine des inclusions constatées, à savoir qu’elles résultaient du processus de fabrication de la cuve. Grâce à la fabrication d’une réplique d’une des viroles de la cuve, nous avons pu clarifier l’influence des inclusions non métalliques sur les propriétés du matériau, et apporter la preuve de l’intégrité de la cuve de pression. Dans un même temps, nous nous sommes penchés sur la question des marges de sécurité encore existantes dans la perspective d’une poursuite de l’exploitation de l’installation.

Quels sont les résultats de ces examens de plusieurs années?
Nous avons satisfait toutes les exigences de l’IFSN, le résultat obtenu confirme nos conclusions antérieures. Les analyses montrent que les irrégularités constatées à l’été 2015 dans le matériau de base de la cuve du réacteur n’ont aucune influence négative sur les propriétés du matériau et ne sont pas consécutives à l’exploitation mais au processus de fabrication. Il a été démontré que la cuve de pression de la tranche 1 satisfaisait l’ensemble des exigences de sécurité et était conforme aux dispositions légales, dans la perspective d’une exploitation de l’installation durant 60 ans.

De quelle manière les collaborateurs de Beznau et vous-mêmes avez-vous géré l’arrêt de l’installation et la pression permanente?
Sur le site de Beznau, la culture de la sécurité et le professionnalisme sont très ancrés. Sans un engagement sans faille de l’équipe d’exploitation, nous ne serions pas parvenus à fournir le justificatif de sécurité. Nous avons pris en compte les avis critiques sans que cela n’impacte notre point de vue. Bien au contraire: les défis tels que celui associés au justificatif de sécurité ont accentué l’identification à l’installation

Certaines personnes critiquent votre démarche. La réplique ne serait pas représentative. Que leur répondez-vous?
Que c’est tout-à fait faux: la réplique nous a permis de tirer des conclusions sûres concernant la cuve de pression de la tranche 1. Elle présente en effet des propriétés chimiques, mécaniques et ultrasoniques similaires à celles de la virole C de la cuve. Par ailleurs, la représentativité de la copie a été attestée par des experts reconnus au niveau international. L’IFSN et son groupe d’experts internationaux (International Review Panel, IRP) ont, eux aussi, jugé la procédure adaptée.

Les réacteurs de Beznau sont en exploitation depuis bientôt 50 ans, et font partie des plus anciens au monde. N’est-il pas risqué de continuer à faire fonctionner ces installations?
Les tranches de Beznau satisfont l’ensemble des exigences de sécurité. L’âge n’est pas déterminant. Axpo a déjà investi au total 2,5 milliards de francs dans le rééquipement et le renouvellement de l’installation. Ces travaux continus sont prescrits légalement et permettent aujourd’hui que la centrale respecte les standards de sécurité requis, et réponde ainsi à l’état actuel de la science et de la technique. Avec le dernier justificatif de sécurité, l’IFSN a également confirmé des évaluations antérieures. Axpo prévoit de faire fonctionner l’installation aussi longtemps qu’elle est sûre et rentable. Il n’est pas question de l’arrêter. Sans oublier qu’en poursuivant son exploitation, nous contribuons de manière décisive à la mise en œuvre de la Stratégie énergétique 2050 de la Confédération, approuvée par le peuple.

Beznau-1 a été arrêtée sur une période prolongée. Cela peut-il avoir des conséquences?
Outre le justificatif de sécurité pour la cuve de pression de la tranche 1, nous avons également pris des mesures techniques destinées à prévenir les dommages dus à l’arrêt. Au cours de cet arrêt, des travaux généraux de modernisation et de maintenance ont été réalisés, de la même manière que si l’installation était restée en service. Ainsi, les gros projets commencés mi-mars 2015, à savoir la mise en service d’une alimentation de secours résistante aux séismes et aux inondations, le remplacement du couvercle de la cuve de pression, et le lancement du nouveau système d’information de l’installation, ont pu être menés à leur terme. Par ailleurs, au cours des trois dernières années, quelque 9000 travaux de maintenance périodiques ont été effectués, de même que plus de 20'000 contrôles de routine sur les systèmes et les composants de l’installation. Et l’installation a été une nouvelle fois examinée en détail avant son redémarrage.

Est-ce qu’Axpo prépare déjà la désaffectation de l’installation?
Nous envisageons différents scénarios possibles dans le cadre de nos travaux: mise à arrêt définitif planifiée, non planifiée, anticipée, pour des raisons techniques, régulatrices ou politiques. Un projet correspondant avait déjà été lancé en 2016 par Axpo. Cette démarche permet de réduire les risques pour l’entreprise.

Que pensez-vous des discussions relatives à la révision de l’ordonnance sur l’énergie nucléaire? On a reproché notamment que celle-ci ne représente une «lex Beznau» et n’affaiblisse la pratique juridique actuelle.
La révision de l’ordonnance sur l’énergie nucléaire ne concerne pas uniquement Beznau mais l’ensemble des centrales nucléaires suisses. Les craintes selon lesquelles celle-ci affaiblirait les prescriptions légales relatives à la sécurité ne sont absolument pas fondées. Ces prescriptions ne seront pas touchées dans le cadre de la révision. En tant qu’exploitant, nous serons toujours tenus de prouver qu’en cas de séisme, tels que ceux qui surviennent une fois tous les 1000 ans, la dose ne dépassera pas 1 millisievert (mSv). Pour les séismes d’une fréquence d’une fois tous les 10'000 ans, la dose de 100 mSv devra toujours être respectée. Avec la révision en cours, le Conseil fédéral souhaite fixer sans ambiguïté ce qui est en réalité déjà pratiqué. Et cela était également l’objectif initial du législateur.

Quelles sont les valeurs à Beznau?
Comme c’est le cas aussi pour les autres centrales nucléaires suisses, nous avons dû fournir en 2012 un justificatif de tremblement de terre suite à la catastrophe de Fukushima. Nous avons ainsi pu prouver que la personne la plus touchée (un enfant en bas âge) recevrait une dose de 29 mSv dans le cas d’un tremblement de terre se produisant tous les 10’000 ans. Cette valeur se situe nettement en dessous de la dose légale de 100 mSv. Et suite à des mesures d’amélioration, elle a pu être abaissée et se situe actuellement à 16 mSv.

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