Mon truc? L’uranium!

Chez Bruno Zimmermann, tout tourne autour du combustible nucléaire qu’est l’uranium. Apprenez‑en plus

Monsieur Zimmermann, en quoi consistent vos activités de directeur du service combustibles nucléaires à la centrale nucléaire de Gösgen?

Je suis essentiellement responsable de l’approvisionnement en assemblages combustibles, de leur utilisation et de leur élimination. Chaque assemblage combustible comporte des éléments structurels qui maintiennent ensemble 205 barres remplies de pastilles de combustible. Nous devons garantir la haute qualité de tous les composants des assemblages combustibles afin qu’ils répondent aux exigences légales concernant le transport, l’utilisation, le stockage et la gestion des déchets nucléaires. Pour l’utilisation dans le réacteur, nous mélangeons des assemblages combustibles frais et des assemblages partiellement brûlés pour former un cœur. Celui‑ci doit respecter toutes les conditions fondamentales de sécurité tant en exploitation normale qu’en cas de dérangements d’exploitation et d’accidents. Un flux de neutrons équilibré, c’est-à-dire la répartition de la chaleur dans le cœur, est particulièrement important en la matière. Nous stockons d’abord pendant plusieurs années les assemblages combustibles usagés dans le bassin de désactivation avant qu’ils ne soient transportés jusqu’au dépôt intermédiaire dans des containers spéciaux. Ce n’est que plus tard que les assemblages combustibles sont conditionnés pour le stockage en couches géologiques profondes. A chacune des étapes que je viens de décrire, d’innombrables spécialistes de mon équipe se soucient d’une gestion optimale des combustibles. Je veille à ce que les processus et projets correspondants se déroulent comme prévu et surtout à ce que le personnel concerné puisse travailler en parfaite harmonie.

Quelle est la quantité annuelle d’uranium dont la KKG a besoin?

La centrale de Gösgen couvre quelque 13 % des besoins suisses en électricité avec seulement environ un mètre cube d’uranium enrichi par an, c’est-à-dire un cube dont les arêtes mesureraient un mètre de long. Cette petite quantité de combustible est répartie entre 36 assemblages combustibles. Pour une centrale au charbon de même puissance, il faudrait une montagne de charbon de 2,5 mètres de haut environ sur une surface de 1 kilomètre carré. Une comparaison avec l’énergie éolienne et solaire n’est judicieuse qu’en tenant compte de la capacité de stockage nécessaire: pour stocker une heure de production d’électricité de Gösgen, il faudrait quelque 300 millions de piles AA. Une quantité incroyable d’énergie se cache donc dans ce cube d’uranium enrichi: l’énergie nucléaire. La consommation de ressources par l’énergie nucléaire est très restreinte. Nous attachons de plus une importance majeure à une propreté aussi grande que possible dans l’extraction et la transformation des matières premières et dans la fabrication des assemblages combustibles.

Mais les mines d’uranium ne sont-elles pas un danger pour l’environnement et pour la santé des mineurs?

Chaque produit, voire chaque prestation de service, a besoin de ressources naturelles qui doivent d’abord être extraites, par ex. pour les installations photovoltaïques, les voitures, les smartphones ou, justement, le combustible nucléaire. Il n’y a nulle part absence totale de pollution de l’environnement. Mais l’énergie nucléaire a pour avantage que les coûts de combustible dans les centrales nucléaires sont faibles par rapport aux coûts totaux de production. La branche énergie nucléaire peut donc prendre des mesures efficaces pour l’extraction de l’uranium, sa transformation et son utilisation afin de protéger la santé des travailleurs et l’environnement depuis la mine jusqu’à la gestion des déchets. Pour ce faire, on s’appuie entre autres sur les normes ISO internationales pour la gestion de l’environnement. Différentes analyses faites selon des critères d’évaluation uniformes pour l’occupation des sols, la production de substances toxiques et le réchauffement climatique par kilowattheure d’électricité produite confirment que l’énergie nucléaire est très compatible avec l’environnement, même comparée à d’autres modes de production d’électricité.

Que fait la centrale de Gösgen de l’uranium usagé?

Les assemblages combustibles brûlés sont d’abord stockés deux à trois ans dans un bassin de désactivation avant d’être transférés dans l’entrepôt de stockage humide externe. Cette installation est unique au monde. Les assemblages combustibles peuvent y être refroidis de manière passive, c’est-à-dire sans alimentation en électricité, car seule est utilisée pour le refroidissement la circulation naturelle de l’eau. Beaucoup ne se sont intéressés à nouveau aux avantages de tels systèmes passifs qu’après l’incident de Fukushima. Dans l’entrepôt de stockage humide externe, les éléments combustibles continuent donc à perdre en activité avant d’être transférés dans le dépôt intermédiaire ou le dépôt en couches géologiques profondes. Auparavant, les assemblages combustibles usagés étaient recyclés à l’étranger, les matériaux valorisables étaient réutilisés et les résidus étaient livrés au dépôt intermédiaire suisse, où ils attendent également leur élimination dans le dépôt en couches géologiques profondes.

Un jour ou l’autre, les déchets radioactifs doivent bien être correctement éliminés. Ne trouvez‑vous pas que se contenter de les enterrer dans le dépôt en couches géologiques profondes n’est pas une solution?

Outre le recyclage, des déchets peuvent aussi, en principe, être éliminés par dilution ou par compression. Pour beaucoup de déchets industriels qui, soit dit en passant, seront encore hautement toxiques dans des milliards d’années, il n’existe carrément pas de concept d’élimination! C’est par exemple le cas des combustibles fossiles qui, entre autres, sont purement et simplement rejetés dans l’atmosphère, notamment sous la forme de gaz à effet de serre. Cependant, ces méthodes de dilution atteindront un jour ou l’autre leurs limites naturelles, comme le montre le changement climatique. Notre industrie a choisi le recyclage et la compression. Le recyclage a malheureusement été interdit pour des raisons politiques. Avec le concept d’élimination compacte des déchets nucléaires dans un dépôt en couches géologiques profondes sécurisé, la Suisse est cependant très avancée. Si des critères d’évaluation uniformes pour toutes les substances toxiques pouvaient être utilisés ici aussi, notre branche apparaîtrait relativement pragmatique et exemplaire.

Pouvez-vous encore vous motiver pour travailler dans une centrale nucléaire alors que la Suisse a décidé de sortir de l’énergie atomique?

L’énergie nucléaire fait partie de la stratégie énergétique 2050. De plus, la population s’est très nettement prononcée contre une sortie rapide de l’énergie nucléaire. Et la centrale nucléaire de Gösgen apporte toujours une contribution très importante à la garantie de l’approvisionnement de la Suisse en électricité, en particulier pendant les mois d’hiver. C’est ce qui compte pour moi. A côté de mes fonctions de direction, mon travail est également très exigeant – et passionnant – sur le plan technique, scientifique, réglementaire et social. L’énergie nucléaire continuera à faire partie des technologies de pointe. D’importants programmes de recherche et de développement sont en cours dans le monde entier; il existe beaucoup de projets de nouvelles constructions et des approches très innovantes pour augmenter encore la sécurité d’exploitation des générations futures de centrales nucléaires. L’évaluation unilatérale des avantages et des inconvénients de l’énergie nucléaire est un phénomène que l’on rencontre uniquement dans l’espace germanophone. Les débats sur ces avantages et ces inconvénients doivent devenir plus objectifs, et mes collègues de travail et moi‑même pouvons y contribuer.

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